La Roumanie, par-delà les préjugés

Voilà c’est fait. Nous sommes en Roumanie, 3590km. Cela clôt 96h un peu folles, débutées un vendredi matin par une excellente pavlova en Pologne, et qui se conclut 4 jours après avec 3 passages de frontières, 360 kms parcourus, et aucun hôte car pas le temps de trainer…


Nous commençons par une journée de pause, avec l’ambition de faire plein de choses (une lessive, le tracé GPS de Roumanie…) Nous faisons à peu près tout, mais sentons que nos corps réclament du repos, et un peu de tour de France 🙂 Allez Julian 😀Notre trajet roumain commence par un accident bête à Satu Mare. Sur un trottoir de pont entre la glissière et la barrière, la sacoche avant de PJ s’accroche dans un profilé de la glissière, ça le déstabilise et il tombe sur la glissière. En France, il était tombé sur de l’herbe. En Roumanie sur un profilé métallique, ça fait plus mal… La douleur durera quand même 5 semaines…On croise peu après un voyageur au long cours à vélo, et quand on lui demande des conseils sur la Roumanie, son premier commentaire est qu’ils conduisent comme des fous. Ce n’est pas la première fois qu’on nous dit ça… Pourtant on trouve que les gens, sur les routes de campagne, sont assez respectueux, ralentissent et se décalent bien en nous dépassant. Il n’y a que les entrées dans les villes, par de grands axes, qui sont désagréables, mais plus par la route pas prévue pour les cyclistes que par le comportement routier des roumains. Bon, on a quand même vu un accident avec une camionnette qui emboutit une voiture à vive allure, à moins de 20m de nous…

Quelle surprise nous avons que s’apercevoir que la langue roumaine ressemble au français, à l’espagnol et à l’italien (bon on ne le parle pas cela ne nous arrange pas!), eh oui c’est une langue latine, on se dit donc qu’on devrait s’en sortir. On ne pensait pas utiliser l’espagnol pendant notre périple et pourtant on a réussi à quasiment se comprendre avec un roumain, lui parlant roumain et Sandrine en espagnol…


Notre périple roumain commence par les Maramures. Nous avons beaucoup apprécié l’ambiance: beaucoup de fermiers se rendent sur leur lieu de travail dans des charrettes. C’est une vision assez surprenante pour nous occidentaux, en tout cas au début. Mais la zone étant reculée et assez vallonnée, le travail mécanique est peu adapté, et en plus il y a peu de stations essences (donc difficile de faire le plein du tracteur).
Ainsi, pour faire sécher la paille, ils la déposent d’abord sur des sortes de tréteaux, ou même à même le sol, afin qu’elle perde son eau et ainsi ne pourrisse pas. Puis ils font de grands tas autours de gros piquets. Cela donne ainsi des formes caractéristiques, que l’on retrouve uniformément répartis dans les champs. Le soir, après le travail, nous les voyons souvent assis sur des bancs devant chez eux, à discuter. Cela donne une image assez idyllique de la vie pastorale… mais une fois le portail fermé, nous ne voyons pas les maux de dos, les fins de mois, …

Les Maramures auront aussi été synonymes de pistes, avec des routes bien asphaltées s’arrêtant sans raison sur une piste bien compliquée à passer. PJ en a profité pour tenter un bain de boue, mais la flaque n’était pas assez profonde! Et surtout, grand moment, le monastère de Barsana. Le visiter avec les choeurs musicaux provenant de tous les édifices est la certitude de passer un moment plein d’émotions!

Le petit ange qui veille sur nous est encore au top: après une journée compliquée sur les pistes où PJ aura traîné sa peine du fait de sa côte fêlée, un chien errant cherche à faire pipi sur notre tente. On est un peu à bout. Et pile à ce moment, un couple de quinquagénaire nous offre des fruits et légumes. Si ça ce n’est pas un joli message d’espoir !
Après les Maramures, direction le Sud-Ouest pour rejoindre le Danube. Cela revient donc à traverser les Carpates de part en part. Notre route s’élève donc souvent, révélant de magnifiques paysages. Nous notons d’ailleurs que beaucoup de routes sont en construction, fortement financées par l’Union Européenne. Souvent nous passons avant que l’asphalte soit appliqué, et nous avons donc des pistes en chantier sur des dizaines de kilomètres. Mais dans les vallées, c’est ça ou des détours de 60 kms… On choisit donc la piste!

Cela nous causera une fois du tort: PJ crève en fin de piste, et doit s’arrêter. Il est 18h30, et par chance la crevaison s’est produite à côté d’un hôtel… qui s’avère complet… Aussitôt, pleins de roumains viennent autour de nous, et l’un nous invite chez eux pour passer la nuit et réparer tranquillement. Quel bonheur que l’hospitalité dans ces conditions!Cela nous permet de goûter les spécialités locales: des sarmale (riz et viandes enroulé dans des feuilles de choux, très bon mais l’odeur par contre…), des mici (boulettes de viande en forme de saucisse), des courgettes panées, de la palinka (de l’eau de vie…)



Enfin nous arrivons aux Portes de Fer! L’ambiance y est grandiose, on se croirait dans le Seigneur des Anneaux! Initialement, nous aurions dû être côté serbe. A voir les ponts et tunnels qui s’y enchaînent, nous aimons bien notre rive! Le long du Danube nous retrouvons une équipe de tournage, envoyée par un de nos sponsors, Globedreamers. C’est une expérience amusante que de se faire filmer par drone ou interviewer. On a hâte de voir la vidéo!


A la sortie des Portes de Fer, à Orsova, nous sommes accueillis dans un monastère. Ce sera une soirée inoubliable, marquée par l’extrême bonté et gentillesse d’une religieuse. Nous aurions aimé partir avec une photo d’elle, en souvenir de cette belle et douce soirée. Mais nous n’osons pas demander pour ne pas briser ce beau moment et ne pas opérer de gêne. Certes avec le temps les souvenirs de son regard pétillant d’humanité s’estomperont, mais il tiendra à nous de faire perdurer le sentiment si fort de sécurité et de bien-être ressenti, et idéalement de le partager auprès d’autres voyageurs vagabonds. Notre séjour y est cocasse également, on nous a servi des frites au petit-déjeuner !


Nous remontons par Herculane, ville thermale où nous faisons une rapide trempette. Moyenne d’âge des gens autour de nous: 75 ans. Après 2 mois intensifs de vélo, c’est tout comme pour nous 😁Le lendemain, nous nous faisons héberger dans une ferme. Réveil à 6h30, et les yeux encore bouffis de sommeil, on nous coupe une part de tome que nous dégustons comme petit-déjeuner, accompagné d’une pêche ! Puis le couple de fermiers nous offre le reste de tome 😋Puis nous remontons vers le château de Bran, plus connu comme étant le château de Dracula ! Pour information, Dracula a bien existé, c’était un prince de Valachie du XVeme siècle qui était intrépide et redoutable, il empalait tous ceux qui étaient corrompus, les voleurs, les meurtriers, les traîtres, les Ottomans ou encore ceux qui trompaient leurs femmes,… mais il n’a jamais habité à Bran, ni ne sucait le sang d’innocents ou faisait du kick-boxing avec Buffy. Le château est en tout cas extrêmement mignon !Puis visite du château de Pelés, dont l’ambiance est radicalement différente. On retrouve le style néo-romantique des châteaux allemands. C’est beau et fastueux, presque perturbant par rapport au niveau de vie des roumains…
Enfin nous arrivons à Bucarest. C’est une ville qui ne nous a pas laissé indifférent, mais sans pouvoir dire si on a aimé ou pas. Le luxe apparent de certains bâtiments, ressemblant fortement au style haussmanien, côtoie de grosses barres bien soviétiques et des bâtiments du XIXeme en ruine depuis le tremblement de terre de 1978, le tout dans un délicieux mélange de pollution, de bruit et d’effervescence.
A vélo, c’est l’enfer. Les villes d’Europe de l’est sont à la gloire de la voiture…
Enfin nous approchons de la frontière. La veille de la franchir, une mini-tempête nous tombe dessus. On voit une famille proche d’un barbecue dans leur jardin. On s’approche, ils nous offrent une chambre, un poisson entier, 2 saucisses, une côte de porc,… C’est incroyable!Le lendemain, nous partons en espérant franchir sans peine la frontière. Par chance, la Bulgarie est entièrement ouverte. La traversée du pont sur le Danube est pleine d’émotions. Nous sommes heureux. La Bulgarie marque l’arrivée prochaine à la mer Noire. On aurait pu abandonner, on a persisté et ça paie !

Nous sommes très reconnaissants d’avoir rencontrés et été accueillis par des gens très généreux. Merci à Johan et sa famille, le fils, sa copine et son père qui nous ont accueillis quand PJ a crevé, Dorin et Adina, Andrea et sa famille.

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