Depuis notre départ, nous avons souvent eu l’impression qu’un petit ange veille sur notre voyage. En effet nous n’avons jamais eu de soucis, de mauvaises rencontres, ou été malade. Le voyage nous a évidemment réservé des chutes, une crevaison, des nuits froides et des journées pluvieuses, mais rien d’insurmontable. Lors du passage de frontière, on se dit, tacitement pour ne pas se porter malheur, que nous avons probablement fait le plus dur sur beaucoup de sujets. Nous redoutions le froid, la pluie, le fait de ne pas pouvoir se poser et se réchauffer le midi. Mais à part ça, nous sommes en France, les routes sont bonnes, il n’y aura plus de soucis de langue… Une affaire qui, en principe, doit rouler ! Et effectivement, les deux premiers jours se passent bien. Nous sommes arrivés en France le 25 novembre, soit la veille du déconfinement partiel, où les attestations et les distances kilométriques étaient en vigueur. A la frontière, la gendarme qui vérifie nos papiers nous confirme que selon elle, nos vélos ne rentrant ni dans un train ni en avion, rentrer chez nous à vélo est bien un motif impérieux. Mais, précise-t-elle, c’est à l’appréciation du gendarme ou policier car la loi n’est pas claire sur le sujet.

Nous préparons notre attestation de déplacement 
Houraaaaaa nous voilà de retour 
Menton
Malgré cette situation sanitaire, nous sommes accueillis à Nice et à Saint-Raphaël par deux membres de la communauté Warmshowers. Nous veillons au respect de la distanciation et au port du masque, et passons deux beaux moments.
Puis vient le moment des premières retrouvailles avec la famille, chez l’oncle (et parrain) et la tante de Pierre-Jean. Jusque là, rentrer en France ne nous avait pas déclenché de grosses émotions, nous restons en mode voyage ; et notre potentiel enthousiasme est freiné par la situation sanitaire. Mais là nous allons retrouver des gens importants pour nous, et non pas des inconnus, qui seront si importants le temps d’un soir, mais qu’il faudra quitter dès le lendemain, souvent avec la certitude de ne jamais se revoir. Nous avons hâte ! Et à 8 kms d’arriver, Pierre-Jean a de plus en plus de soucis avec sa roue arrière, qui frotte contre le patin de frein. Il regarde, et desserre complètement le frein pour réparer une fois arrivé. Sauf que ça frotte encore… Il démonte, et se rend compte que c’est l’axe de la roue moteur qui est cassé. La nuit tombe, ça semble irréparable. Nous appelons donc notre famille, qui vient récupérer PJ et le vélo, pendant que Sandrine finit à la lumière des phares… Le lendemain, nous apprenons auprès de Déclic Eco que la pièce est réputée incassable, et qu’il nous renvoie donc un moteur gratuitement. C’est une bonne nouvelle, mais le colis met 4j à arriver, puis il faut récupérer les rayons et la jante de l’ancienne roue et les mettre sur le nouveau moteur.
Apprendre à le faire aura été un des bons points de cette casse. Car autrement, nous avons rongé notre frein : au début nous étions content de pouvoir nous poser, mais ensuite nous voulions pouvoir repartir. Proches de l’arrivée, nous étions conscients que notre volonté pouvait baisser, ou la météo se dégrader. Nous repartons donc un 4 décembre à 15h30. Nous sommes pressés de nous remettre dans le sens du voyage, tant que nous partons alors qu’il reste à peine 2h de jour. Nous avons prévu de rouler environ 40 kms, et roulons au maximum de nos possibilités pour profiter au maximum de la luminosité. Sauf que le soleil finit par se coucher, et nous continuons d’avancer dans la pénombre, alors que clairement nous devrons à un moment mettre nos frontales. Et ce qui devait arriver arriva : Sandrine ne voit pas un nid de poule et tombe brutalement. Outre le choc qui lui bloquera la cheville pendant la soirée, son pneu avant est crevé, et la jante est même abîmée ! On réserve une chambre d’hôte située à 300m, et passons la soirée à changer le pneu, sans savoir si nous reprendrons le voyage. Il pleut, il fait froid, la température dans le logement est de 12° avec le chauffage… Nous sommes abattus par la somme des soucis rencontrés en 40 kms, et ne sommes pas sûrs que remonter la France en vélo vaille toutes ces peines. Tant bien que mal, nous réussissons à allumer le sauna jouxtant notre logement, et nous nous y réfugions pour être au chaud. Le lendemain, nous sommes déjà de meilleure humeur. La cheville de Sandrine s’est en partie débloquée et elle n’a pas de douleurs suspectes. Ce ne sera donc pas un abandon médical. Nous prévoyons de rouler 10 kms jusqu’à un Décathlon pour remplacer son rétroviseur qui a explosé lors du choc, et s’équiper en sur-gants et voir si le vélo va bien, notamment la direction. Tout se passe bien, et nous décidons donc de rouler jusqu’à Arles, même si à 13h nous sommes à environ 70 kms. Et nous y parvenons !
S’ensuit une journée de répit, dans le froid, à traverser la Camargue et longer l’étang de Thau, et s’extasier devant les taureaux dans les manades, ou les flamands roses.
Mais il était dit que la remontée de la France serait tumultueuse. Nous voulons suivre le canal du midi, qui en cette saison pluvieuse est par endroits très boueux ou en travaux. Nous en venons à rouler dans un champ et couvrir nos vêtements de boue. Nous perdons du temps, et décidons de confier la navigation à Google Maps… Grosse erreur : ça fonctionne en ville, pas à la campagne. Cela nous mène à nouveau dans des sentiers boueux, et d’un coup, au milieu des champs, la chaîne de Pierre-Jean se bloque, impossible de la faire tourner. Il est alors 16h30… Nous sommes devant une maison de vignerons, qui viendra nous dire que plus loin c’est impossible de circuler, mais donne également de (mauvais) conseils sur comment réparer, tout en précisant qu’il n’y connaît rien en vélo, avec PJ qui essaie de comprendre l’origine de la panne, décharge tout et met le vélo à l’envers dans la boue, tout en se disant que le voyage s’est peut-être terminé si c’est trop grave ou trop cher à réparer. Au bout d’une heure, il comprend que la cassette a mal été fixée sur la roue libre en montant la roue, et qu’en se mettant en travers elle a bloqué la chaîne.
Bref, à 17h45, il fait nuit, il pleut, nous sommes dans un chemin boueux, avec 37 kms jusqu’à notre hôte, et la batterie quasiment vide… Il nous faudra 3h pour couvrir la distance, et nous avons la chance d’avoir une hôte compréhensive, qui nous attend avec une soupe chaude, et qui nous a préparé 4 pains pour nous donner des forces le lendemain. Ce lendemain, cela devrait être une journée paisible, avec peu de dénivelée, et seulement 70 kms à couvrir. C’était sans compter sur la tramontane qui souffle face à nous, avec des rafales à plus de 60 km/h. Nous nous épuisons à rouler à 10 km/h, alors qu’en temps normal nous aurions pu en faire le double. Le temps est si mauvais que notre hôte du soir considère le temps non cyclable, et s’est proposé de venir nous chercher. Au bout d’un moment, on cesse de réfléchir, on fait le dos rond et on avance, km par km. Nous arrivons à nouveau alors qu’il fait nuit noire, et devant notre état, nos hôtes nous proposent de passer une journée complète avec eux. Nous déclinons, étant attendus par un autre oncle à Pierre-Jean le lendemain. Nous profitons d’une après-midi de calme pour tracer et rejoindre Toulouse, puis sous la pluie nous atteignons Montauban.

Pont-canal à Béziers 
ça souffle ! 
Carcassonne 
Canal du Midi 
Toulouse
Notre malchance semble s’être calmée, et nous repartons confiants. Au bout de 5 kms, le pneu de Sandrine perce ! Nous réparons, mais nos 3 chambres à air sont percées : nous avons tant crevé ces derniers temps que nous n’avons pas pris le temps de remettre des rustines, arrivant toujours tard le soir. Nous remettons la chambre à air avec une crevaison lente qu’on avait essayé de réparer sans réussir. On regonfle, Sandrine fait 5m et est à plat… Nerveusement, nous sommes épuisés, c’est au tour de Sandrine de se dire que le voyage est fini, n’en pouvant plus des casses à répétition. On regonfle à nouveau et on peut repartir. Toute la journée, la pluie viendra nous taper le crâne et refroidir nos esprits échaudés. Heureusement, comme chaque soir, nous pouvons compter sur des hôtes fabuleux, qui nous remontent le moral. Autant la météo ne nous aura pas permis de profiter des paysages français, autant les échanges auront été riches. Nous avons la chance d’être invités le temps d’un soir dans l’intimité d’une famille, d’un couple… et chaque soir nous avons pu échanger sur l’environnement, la vision du voyage, voir comment les enfants sont élevés, … Nous nous sommes considérablement enrichis au contact de chacun, et nous chevillons cette pensée positive pour trouver la force d’avancer. Après chaque journée, aussi éprouvante soit-elle, un foyer nous attend. Également, nous recevons énormément d’encouragements de nos familles ou de nos amis, ce qui nous pousse à boucler la boucle, afin de clôturer le voyage, sans abandonner juste parce que pendant quelques jours, nous avons eu une météo exécrable et une chance absente ! Le lendemain, et pendant une semaine, tout s’améliore. Nos vélos cessent de perdre des pièces, le soleil refait de timides apparitions, les températures remontent un peu.

Une forêt zombie ! 
Vers 
Balade en Dordogne 
Aux détours de la Dordogne ! 
Curemonte
Nous avons également réduit notre kilométrage quotidien, passant de 90-100 à 70-90. Au moins, même avec un imprévu mineur, nous finissons avant la tombée de la nuit. Nos humeurs s’améliorent, et nous nous remettons à chanter à vélo, à rouler sans penser à rien, juste au plaisir d’être là et de découvrir de nouveaux endroits chaque jour. Parfois nous versons une petite larme d’émotions, en souvenir de tous ces beaux moments vécus. C’est ainsi que nous arrivons à Rennes, veille du terme du voyage. Nous sommes excités, et enfin nous envisageons de finir le voyage.

Angers 
Segré 
Rennes
A notre échelle, c’était un vrai défi, et nous sommes fiers de presque y être ! Nous passons la soirée avec des amis, et avons hâte d’être au lendemain, en famille ! Au dernier matin, nous voyons que le pneu de Sandrine s’est dégonflé. Ca se regonfle, fantastique ! Pierre-Jean a perdu une vis du porte-bagage. Mais tant pis, ça tiendra la journée. Nous partons donc le long de la Rance, et la sortie de Rennes se déroule parfaitement. Lors de notre pause midi, à 33 kms de la fin, nous appelons nos familles pour valider les horaires de retrouvailles. Et là, en repartant, le moteur de Sandrine ne fonctionne pas. Nous regardons, et voyons que son garde-boue s’est détaché des 2 côtés. Étonnant, mais cela a du débrancher un câble électrique. Nous rebranchons, et ça repart… pour 1m. A nouveau le câble est débranché. Nous regardons plus sérieusement et voyons que le moteur n’entraîne plus la roue, mais l’axe de la roue. Cela a donc cisaillé les 2 vis tenant le garde-boue, mais a également abîmé la patte de fixation de la roue. C’est un énorme coup dur, mais nous voulons terminer. Sandrine éteint son moteur, et repart. Nous avançons lentement. Son frère vient nous retrouver et récupère ses bagages, dont la batterie, désormais inutile. Pierre-Jean essaie de rouler tout en poussant un peu le vélo de Sandrine, pour apporter une légère aide. En effet, non seulement la roue moteur pèse lourd, mais en plus elle freine naturellement le vélo… Ce sont donc 33 kms compliqués qui nous prendront environ 5h, pendant lesquelles nous devrons décaler 3 fois la venue des journalistes qui voulaient assister à notre arrivée. Mais l’émotion fut là quand nous voyons que les enfants des classes de CE1 et CE2 de Quévert, qui ont suivi notre voyage, étaient là pour nous applaudir à l’arrivée. Nous ne le savions pas, et avons été émus de voir qu’ils étaient revenus sur place, 2h30 après l’heure à laquelle nous pensions arriver.
Encore 500m, et c’est masqué que nous arrivons dans le garage des parents de Sandrine. Nous déchargeons les bagages, sans vraiment réaliser que pendant un certain temps, nous n’aurons plus besoin de trouver un lieu où dormir pour le lendemain, ou la tente à déplier et replier. Nous sommes épuisés, cette dernière panne a prélevé son dû sur nos corps, mais nous sommes ravis de ne pas avoir choisi la facilité avec une fin de voyage en remorque. Nous avons fini comme nous avons commencé, sur nos vélos !
Merci à tous nos hôtes français de nous avoir accueillis en cette période compliquée : Romaine et Pauline, Pascal, Nicolas et Françoise (le parrain/oncle de PJ), Marie, Stéphane, Edith, David et Gaëlle et leurs filles, Bruno et Cécile (oncle à PJ), Thierry et Robin, Jeanne, Geneviève et Didier (les parents de PJ), Catherine et Thierry, Pierre et Florie (amis), Thibault et Sophie et leurs filles, Tiphaine et Romain (amis).

Romain et Pauline à Nice 
Pascal et sa compagne à St Raphaël 
David et Gaëlle à Féran 
Thierry et Robin à Montauban 
Catherine à La Meyze 
Pierre et Florie et Julien le globetrotter 
Thibault et Sophie à Messemé 
Titou à Rennes




















