Comme chaque fois que nous rentrons dans un pays inconnu, ce qu’on entend à son sujet par les locaux de l’autre côté de la frontière est peu rassurant. En Albanie, cela avait commencé dès la Roumanie où un roumain n’arrêtait pas de nous mettre en garde : « Albania, periculo » (qu’on a traduit par: « Albanie, périlleux »).
Donc plus que pour d’autres pays, nous l’avons abordé en essayant de garder notre esprit ouvert, mais sur nos gardes.

Arrivés en Albanie avec 6780 km au compteur. Les premiers kilomètres, remplis de bunker, nous laissent découvrir l’étendue de la paranoïa de feu d’Enver Hoxha, dictateur hégémonique ayant régné de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’en 1985, réussissant l’exploit de se brouiller avec ses alliés occidentaux, puis avec l’URSS et enfin avec la Chine. Le pays a donc vécu en autarcie complète jusqu’en 1991.

Vers la lac d’Ohrid 
Vers le lac de Shkodër 
Dans un parc à Tirana
Depuis la Roumanie, nous nous sommes habitués à un certain niveau de pauvreté. L’Albanie était encore un cran au-dessus, au niveau des petites villes et bourgs dans les montagnes, et dans la banlieue de Tirana.
Et cependant, comme à chaque nouveau pays, la magie opère et nous nous sentons rapidement à l’aise. Ok les routes périphériques sont souvent des pistes. Ok les agriculteurs promènent leurs vaches sur la route. Ok certains albanais conduisent comme des petits fous. Mais on est là pour découvrir, donc on ouvre nos yeux, nos oreilles et on observe, on se nourrit de tout cela pour se créer des souvenirs et des émotions.
Notre première nuit sera à Korçë, car étant la ville natale de la femme d’un cousin à Pierre-Jean, il souhaitait découvrir la ville. Et nous avons bien fait d’y aller, la ville étant très mignonne, avec une mosquée et une cathédrale proche l’une de l’autre (nous qui croyions que l’Albanie était strictement musulmane… D’autant que la route menant à la ville a été financée par un fonds saoudien), ainsi qu’un vieux bazar très agréable pour flâner.
Nous retrouvons certains aspects vécus en Macédoine du Nord et moins en Roumanie et Bulgarie. Certains bâtiments des centre-ville peuvent être opulents, mais la mendicité est très présente, et la pauvreté se découvre quelques rues plus loin. La richesse est bien moins uniforme, en tout cas c’est notre sensation.
Le lendemain nous partons pour les gorges entre Maliq et Gramsh. Cet itinéraire nous avait été conseillé par Quentin, qui avait prévu de s’y amuser en moto. Nous avons donc fait le choix de privilégier la nature à des destinations plus touristiques telles que Berat.
Et nous avons bien fait ! Les montagnes sont magnifiques, et nous sentons vraiment que nous sommes dans une zone sauvage. C’est simple, sur 60 kms, nous ne traverserons qu’un tout petit village (avec un mini Market cela dit !). Mais surtout, nous verrons deux cyclotouristes allemands au sommet d’une côte. Ça tombe bien, nous sommes au milieu de nulle part, la nuit va bientôt s’installer et ils sont de bonne compagnie. En plus, dormant en extérieur, respecter la distanciation sociale est chose facile. Rouler avec Sarah et Jonathan et partager une nuit aura été une merveilleuse expérience de voyage !
Évidemment, qui dit sauvage dit avancée plus lente. Nous qui avions prévu de rouler 80 kms n’en faisons que 40.

Camping sauvage en pleine montagne 
Avec Sarah et Jonathan
Le lendemain à 15h, après avoir mangé avec Sarah et Jonathan, et bien qu’ils continuent dans la même direction, nous nous décidons à leur dire au revoir afin de nous rapprocher de Tirana et être sûr de l’atteindre le jour d’après. C’est un de nos au-revoir les plus difficiles du voyage. Pourtant souvent les matins nous disons au revoir à des personnes fantastiques et généreuses, mais nous savons que cela fait partie du voyage; nous avançons et laissons derrière nous les rencontres et les sourires. Mais là c’était un rare moment de partage avec un couple parti en juillet 5j avant nous, et ayant vécu les mêmes histoires, les mêmes réflexions pour traverser certaines frontières… C’était une rencontre que nous n’attendions pas, et qui nous aura marquée. De plus, nous pouvions parler en anglais et avons donc pu échanger sur des sujets plus profonds que notre pays d’origine et si nous avions des enfants.
C’est donc le cœur lourd que nous avons avancé jusqu’à Elbasan. Là nous avons été hébergés dans un magasin de bord de route, où une dame a couru vers nous pour nous offrir 4 kakis. Nous avons mangé avec le patron et un de ses amis, et avons passé deux heures à essayer de comprendre ce qu’ils nous disaient, sans vraiment se comprendre, mais c’était marrant.
Le lendemain, nous sommes hébergés pour 2 nuits à Tirana par un membre Warmshowers. Nous ne logeons pas chez lui mais dans un de ses appartements. Après de nombreux échanges pour trouver l’adresse (que même des voisins ne connaissent pas… Et dans la rue le numéro 86 jouxte le 25, mais nous cherchons le 17…), nous sommes accompagnés jusqu’au logement. Nous comprenons alors qu’il n’y a pas d’eau courante. En nature, cela passe, mais en pleine ville, c’est plus dur. De plus, le jeune fils de notre hôte fait caca chez nous, mais nous n’avons rien pour tirer la chasse. C’est donc armé de 2 touques que nous parcourons 1km à travers Tirana pour rejoindre l’appartement de notre hôte et avoir un peu d’eau et du WiFi. Le lendemain, nous arpenterons le voisinage et trouverons un robinet dans la rue à 100m de chez nous. C’est pour nous un confort énorme car cela nous permet d’avoir de l’eau (non potable) à disposition. C’est marrant comme la notion de confort évolue. En France il nous est parfaitement normal d’avoir de l’eau courante potable, qui est chaude ou froide selon notre bon plaisir. À l’étranger, nous considérons avoir des conditions luxueuses quand nous sommes au sec avec une source d’eau pas trop loin.
La découverte de Tirana est riche en enseignements, notamment sur le chemin parcouru depuis 1991. Le long de la route, nous avons vu la construction de nouvelles installations hydro-électriques, et nous nous étions dits que c’était une avancée pour les locaux. Tirana évolue, et de nos yeux d’occidentaux, la ville, et le pays avec, évolue dans le bon sens.

Tirana n’est la capitale que depuis 100 ans 
Une clé de sol 
Une mosquée 
Une église catholique et orthodoxe à la fois 
Mère Térésa, albanaise mais née à Skopje
Nous en apprenons plus sur le dictateur Enver Hoxha, et visitons le bunker anti-atomique construit en plein centre de la capitale, qui nous en apprend plus sur la police politique au service exclusif du maintien du dictateur, du musélement de toute liberté d’expression et évidemment d’éviter que les albanais fuient le pays. C’est un grand classique vu dans tous les pays ayant connu des régimes socialo-communistes. Nous n’en sommes probablement pas assez conscients, mais nos démocraties, bien qu’imparfaites, garantissent une large liberté d’expression et une opposition politique. On ne risque pas de se faire emprisonner pour des opinions différentes du pouvoir actuel, et les leaders d’opposition ne sont pas traqués, menacés ou tués. C’est une liberté à chérir, car extrêmement fragile. Dans beaucoup de pays, l’homme au pouvoir a d’abord été populaire, avant de révéler ses vrais couleurs. Mais il était trop tard et le fonctionnement du pays avait été perverti à son seul profit. Nous voyons également qu’il faut du temps pour sortir d’une dictature, car à sa chute, le seul parti ayant l’expérience, les relations et l’organisation idoine est l’ancien parti au pouvoir. Donc on change la tête, mais le reste change peu au début… C’est à force d’élections que le système peut vraiment changer.

Une structure représentant un nuage 
Staline et Lénine, rares statues restantes des dictateurs 
Enorme musée construit à la mort du dictateur puis abandonné 
Ancienne demeure de l’ancien dictateur 
Mosaïque très communiste
La ville n’est pas à proprement parler belle, mais au vu de tout ce qu’on en avait entendu, cela nous semble malgré tout être une ville vivable.
Le lendemain, lors de notre départ de Tirana, la route tracée nous fait prendre un pont à moitié démoli, avec des trous donnant dans la rivière rapidement rempli par des bastaings et des gravats. Sandrine a à un moment du mal à manœuvrer son vélo. Aussitôt deux enfants, qui étaient en train d’essayer de récupérer un câble dans la boue dans le lit de la rivière, se précipitent pour aider et repartent aussitôt. Dans cette zone, un large marché aux puces se déroule à même le sol.
Nous arrivons à rejoindre Shkoder, 105 kms plus loin, malgré un départ tardif. Cette ville est proche de la frontière avec le Monténégro, pays pour lequel un test est nécessaire pour montrer que nous n’avons pas le Covid-19. Sauf que le lendemain matin est un dimanche. Nous allons au laboratoire, qui est fermé…
Il pleut tant et plus, nous n’avons rien d’autre à faire que visiter le château de la ville, ce qui est fini à 12h. Nous nous décidons alors à aller à la frontière, distante de 16 kms, pour voir s’ils sont en mesure d’y faire des tests. Nous y arrivons, présentons nos passeports et passons ce que nous prenons comme le contrôle côté albanais, puis avançons, nous disant que nous sommes dans le no man’s land entre les deux postes frontières. Deux kilomètres se déroulent, nous voyons un restaurant, des maisons… En fait c’est bon, nous sommes au Monténégro !!

Lac de Shkodër 
Château de Rozafa 
Vue de Skodër depuis le château
Merci à Samir qui nous a accueillis dans son logement à Tirana et à Agron dans son commerce sur la route d’El Basan.




















