Beaucoup de membres de nos familles ou de nos amis nous ont demandé si, avec le reconfinement en France, nous avions dû interrompre notre voyage et rentrer. La question étant récurrente, nous avons décidé de rédiger un article général sur l’influence de la crise sanitaire sur notre voyage.
Le premier impact, évident, est que notre tour d’Eurasie, qui devait nous mener jusqu’au Vietnam et en revenir en 14 mois, est devenu un tour d’Europe de 5 mois et demi. Ce changement de programme s’est imposé à nous mi-avril, lors du prolongement du confinement. Évidemment, dans un premier temps, nous étions déçus. Mais quand nous voyons la fatigue que nous pouvons ressentir par moments, et la galère d’évoluer sur certaines pistes, nous nous disons a posteriori que pour un premier voyage à vélo, l’Europe est riche et suffisante !
Nous sommes partis mi-juillet de la Bretagne, avec l’ambition de faire un large crochet par le nord de l’Europe (Berlin, Varsovie), avant de redescendre au Sud en Slovaquie, revenir vers l’Ouest à Vienne afin de suivre le Danube en passant par Bratislava, Budapest, Belgrade, puis arriver en Roumanie par les Portes de Fer.
Au début, tout se passe bien, les frontières se franchissent sans contrôle. Bref, ça roule ! Nous voyons qu’en France notamment, les contaminations augmentent mais pas les hospitalisations. Nous passons Anvers, en Belgique, la veille d’annonces réduisant la bulle sociale à 6 personnes, et dans le Sud de la Pologne nous traversons une zone rouge, mais sans mesures particulières à l’époque. Ce sont les seuls moments où le Covid-19 se rappelle à nous fortement. Évidemment, nous mettons toujours nos masques en intérieur et restons distants physiquement des gens. C’est facile, c’est l’été, la vie se déroule en extérieur.
Puis patatras, ce plan s’écroule fin août alors que nous venons d’arriver en Slovaquie, quand nous lisons sur lemonde que la Hongrie ferme ses frontières au 1er septembre pour 1 mois au moins (d’ailleurs, le site reopen a mis 2j à se mettre à jour, et le site de l’ambassade de France en Hongrie une journée). Après une journée de tergiversations où nous hésitons entre rester à l’Ouest en attendant qu’éventuellement les frontières rouvrent (ou bien tenter via la Serbie, ce qui semble possible, ou l’Ukraine, mais qui semble impossible), ou bien foncer et traverser le pays, mais sans possibilité de revenir en arrière en cas de problèmes.

C’est ce deuxième choix, que sur le moment nous trouvons culotté, que nous avons sélectionné. C’est d’ailleurs à partir de ce moment que nous avons arrêté de suivre les tracés GPS que nous avions pris tant de soin à concocter avant le départ. À partir de là, nous aurons beaucoup moins de visibilité sur notre parcours, nous laissant plus de marge pour changer d’itinéraire quand le tracé ne nous convient pas, ou si nous voyons où entendons parler d’un lieu à visiter. Pour nous l’aventure a vraiment commencé là et nous nous sommes sentis suffisamment à l’aise pour sortir des plans établis.
Étant restés 1 mois environ en Roumanie, nous avons arrêté de regarder comment franchir les frontières. Sauf pour la Bulgarie, de temps en temps, mais ce pays semble ouvert. Nous regardons la veille sur le site reopen, qui indique que le pays est fermé, sauf pour un certain nombre de pays… dont tous ceux de l’UE. Ouf, on peut continuer !
C’est vraiment en Bulgarie que nous nous sommes mis à regarder de façon intense les frontières franchissables sans conditions, avec PCR ou fermées.
Nos sources d’informations étaient, dans l’ordre:
- Sources européennes (site reopen, et les liens inclus pour chaque pays) ainsi qu’Ambassade de France dans les différents pays, section « Conseil aux Voyageurs »
- Expérience de voyageurs occidentaux ayant franchi récemment et idéalement dans le même sens que nous les frontières
- Avis des locaux, qui sont souvent très au fait de la politique locale, mais moins du franchissement des frontières pour des voyageurs, car ils ont souvent des conditions particulières (visite de famille, ou bien travailleurs essentiels).
- Groupes Facebook de voyageurs, à se méfier fortement car par exemple quelqu’un nous y a affirmé de façon péremptoire que toutes les frontières dans les Balkans étaient fermées, alors que non. Mais ça peut aider pour apprendre des faits passés sous notre radar, à condition de contrôler toutes les informations.
- Sites d’information, dont nous vérifions ensuite toutes les informations
Nous avons pu passer des heures à potasser les sites et recouper les informations, en particulier pour les pays hors UE où le site reopen ne donnait aucune information.
Par exemple, nous rêvions de la Grèce. Mais après une vingtaine d’appels infructueux à l’ambassade, et toutes les informations sur les sites officiels, nous avons préféré abandonner. Y rentrer semblait compliqué, bien que possible étant en Bulgarie, mais en sortir par voie terrestre par une autre frontière semblait impossible, sauf à faire une boucle dans le pays et repasser par Promachonas, le seul poste-frontière ouvert de toute la Grèce pour les voyageurs non essentiels.
Nous rentrons donc en Macédoine du Nord, sans besoin de tests. Étant hors de l’UE, nous n’aurons alors plus de 4G donc seront beaucoup moins réactifs si des (mauvaises) nouvelles arrivent.
Nous décidons également de cesser d’accepter les invitations à dormir ou partager un repas en intérieur chez les gens, ceci afin de protéger nos hôtes, et également nous protéger. En Bulgarie nous avions tendance à penser que dans les campagnes perdues, le risque était faible. Mais à partir d’octobre les chiffres de contamination de tous les pays ont augmenté. Aussi, et vu qu’il est assez facile de trouver des hôtels à 15€ et les nuits devenant fraîches, c’est facile de se laisser tenter.
La traversée du pays se déroule sans encombre, et nous savons que l’Albanie est, théoriquement, le dernier pays dont l’entrée se déroulera sans conditions. Et effectivement, mis à part un quiproquo à la frontière où la garde nous demande les papiers de la moto, n’ayant probablement jamais vu de vélos couchés auparavant, la frontière se franchit bien.
Nous sommes vers le 20 octobre, et nous apprenons, encore sur le journal lemonde, que le 29 octobre, tous les pays de l’UE se réunissent pour prendre des mesures communes. Nous craignons que la décision de fermer l’espace Schengen y soit prise. Nous pensons que le délai d’application sera d’au moins 1 jour, donc nous fixons notre entrée en Croatie au 30 octobre au plus tard.
Mais avant ça, il faut rentrer, et sortir, du Monténégro. Le pays est ouvert sans conditions si on vient de l’UE, mais exige un test PCR ou sérologique pour tous ses autres voisins, Albanie incluse.
Nous regardons et voyons que nous pouvons faire le test sérologique à la ville frontière de Shkoder, au laboratoire américain alnet, moyennant 33€ par personne. Sauf que nous n’avons pas les horaires de ce centre, nous n’avons que ceux à Tirana, où le centre est ouvert tous les jours jusqu’à 23h.
Nous arrivons à 19h un samedi soir à Shkoder, et décidons de faire le test le lendemain. Évidemment, c’est fermé… Etant à seulement 15 kms de la frontière et n’ayant rien à faire (surtout qu’il pleut intensément, ce qui enlève nos velléités de visite autres que la forteresse), nous allons voir s’ils peuvent y réaliser un test salivaire donnant les résultats rapidement. Nous donnons nos passeports au premier poste frontière, pensant être côté albanais. Puis nous roulons, roulons… Au bout de 2 kms, nous voyons un restaurant, des maisons… Nous comprenons que nous sommes au Monténégro. C’est la première frontière depuis Slovaquie-Hongrie où tout est situé en un poste, sans no man’s land plus ou moins large entre les postes.
Nous sommes tellement surpris d’avoir pu passer (nous pensions passer quelques heures en tests, voire même faire demi-tour) que nous n’avions pas regardé où aller. Qu’importe, nous irons vers la côte.
Le Monténégro est vraiment un pays que nous souhaitions faire, mais malheureusement la date du 30 octobre approche. De plus, les rumeurs de reconfinement en France se font très fortes, et cela impacte notre vision. Nous avons une vision un peu déformée de la réalité dans le pays où nous sommes, quel qu’il soit, car nous voyons l’évolution en France, et la transposons un peu où nous sommes. Nous décidons donc de faire quelques compromissions avec notre objectif, et ainsi louer une voiture à Podgorica, la capitale, pour 2j afin de visiter le nord du pays. Ce seront 2j intense, qui nous aurons fait gagner 1 semaine de vélo. Évidemment, le plaisir était différent, et l’immensité des paysages se vit mieux à vélo. Mais mentalement nous n’étions pas prêts à partir dans les montagnes, sans réseau, avec le mauvais temps annoncé et notre fatigue (car même si les vélos sont électriques, il faut quand même pédaler, et les nuits ne sont pas forcément des plus reposantes) ; sans savoir si à notre retour sur Podgorica, une semaine après, les conditions sanitaires n’aient pas changé du tout au tout.
Le 28 octobre, nous sommes donc à Podgorica. Le lendemain, nous mettons le réveil à l’aube pour monter 1500m de dénivelés et arriver à Kotor. Le 30, pareil, nous mettons le réveil, mais cette fois pour grimper au sommet des murailles de Kotor de bon matin. Évidemment, c’est aussi le jour où une vis a décidé de se casser et de rester coincée en partie dans Nazca le vélo couché, donc nous perdons plus de 2h à trouver un garage auto pouvant enlever ce bout de vis inox…
Juste avant la frontière, nous remplissons le formulaire entercroatia. Globalement il suffit de réserver un hôtel pour la première nuit pour avoir le droit d’entrer (dommage, nous avions un hôte warmshowers prêt à nous accueillir dans son jardin après la frontière). Puis, il suffit d’indiquer l’adresse et générer le formulaire, afin d’avoir un numéro à donner au poste frontière. Nous n’avons pas cherché à jouer, ne sachant pas s’il y avait un contrôle après. Nous n’étions pas vraiment sûrs de pouvoir rentrer, car le site reopen parlait de membres de l’UE depuis des pays de l’UE. Nous n’avons pas trouvé d’informations officielles sur des membres de l’UE rentrant en Croatie depuis un pays hors UE. Mais des voyageurs l’ayant fait avant nous, nous nous sommes dits que ça passe. Et ça passe ! Nous avons de la chance, la Croatie est, avec la Bulgarie, un des deux seuls pays de l’UE dont les frontières terrestres avec des pays en dehors de l’espace Schengen sont ouvertes.

Malheureusement il fait déjà nuit quand nous passons la frontière, donc nous avons pris un des hôtels les plus proches, bien plus cher que nos habitudes (36€, ça pique en sortant du Monténégro). Au final, personne ne nous a demandé ce formulaire à la frontière…
Pour la suite, nous avons les frontières suivantes à passer:
- Frontière bosniaque entre les 2 parties de Croatie. Pas besoin de tests si on traverse en moins d’une heure. Il y a 9.3 kms à faire, donc ça se fait, et se fera demain
- Frontière slovène. Il n’y a pas besoin de tests en transit, donc si on reste moins de 12h. Le pays étant petit (environ 40 kms), ça se gère bien en y entrant le matin
- Frontière italienne. Normalement jusqu’au 24 novembre il n’y a pas besoin de tests quand on vient de Croatie, juste d’un formulaire. Par contre des restrictions de déplacements dans les régions fortement impactées sont à prévoir. Mais les informations ne sont pas parues.
- Frontière française. Ce n’est pas la frontière le souci, mais ensuite, surtout que nous souhaitons rentrer en Bretagne… Au choix si les restrictions cessent au 1er décembre, nous attendons cette date depuis l’Italie. Sinon nous irons sûrement nous confiner chez un membre de notre famille vivant dans le sud de la France, et rentrerons en Bretagne après, en vélo si le temps le permet, ou en train.
Pour l’instant, nous nous estimons incroyablement chanceux de ce que nous vivons. Nous échangeons probablement avec moins de locaux, mais quand nous pouvons le faire, alors ceux-ci se confient plus, notamment dans les zones touristiques désertées. Également, nous croisons peu de cyclo-voyageurs, mais quand c’est le cas, les échanges sont intéressants car chacun a une ou plusieurs anecdotes à raconter. Et également, quand nous rencontrons un français, la conversation s’installe d’autant plus facilement que chacun est surpris de voir un autre touriste là, avec toutes les restrictions qui existent. Cela nous a par exemple permis de rencontrer Quentin, un motard français en Bulgarie, et le recroiser à 4 autres occasions, avec à chaque fois des échanges passionnants et notamment les réflexions sur les problématiques des frontières à passer !
Le voyage par temps de Covid-19 est donc forcément différent de celui imaginé initialement. Il faut être prêt à le modifier à tout instant et bien se tenir informé de l’évolution afin de ne pas être surpris par de nouvelles mesures. Nous ne nous sentons pas forcément complètement libres, car nous savons qu’un confinement peut être décrété brutalement, mais pour l’instant nous pouvons nous déplacer et vivre. Et c’est beau !

Également, vivant cette aventure en couple, le fait de traverser tous ces moments à 2 et voir qu’à chaque fois nous arrivons à prendre des décisions fortes pour ce voyage qui nous tient tant à cœur, et ce de façon concertée et apaisée, est un signe fort pour notre futur de couple !
Avant de partir, un de nos managers nous avait dit que c’était fort probablement le pire moment pour partir. Mais au final, le meilleur moment reste celui où notre cœur nous l’impose, et cette période reste belle pour le voyage, malgré le contexte !
