La Pologne, ses villes, ses pistes de sable…

L’entrée en Pologne s’est déroulée sous un soleil de plomb à Kostrzyn. Un groupe de cyclistes polonais arrive vers nous, échange et nous indique de faire attention sur la route, et qu’ils préfèrent de leur côté rouler en Allemagne. C’est donc méfiant que nous entamons la traversé de la Pologne sur une route très passante, les voitures circulent vite. On bifurque à droite pour suivre le GPX. Après environ 2 km sur un chemin de terre cabossé, ça devient carrément sableux… Sandrine lucide propose de faire demi tour, PJ regarde et se dit que ça peut passer. Bilan: plus d’une heure à pousser les vélos dans un sable mou pour juste 2 kms, le tout dans la chaleur et ce ne sera pas la seule fois…

Des fois on n’arrive plus à pousser tout seul et le vélo glisse… Voici venu un travail d’équipe !

Après une dizaine de kms sur une route bitumée, le dieu des cyclistes voyageurs frappe encore: non seulement face à ce supermarché où on se ravitaille en eau, il y a une fontaine où on va tremper les pieds, mais également un brumisateur géant (le premier du voyage). Et ceci dans une petite ville polonaise, évidemment au moment où nous en ressentons le besoin. Nous pouvons donc reprendre la route.

Sandrine est heureuse, et rafraîchie 😊

Plus loin nous cherchons un lieu où dormir, et tous nous indiquent un camping gratuit. Nous nous y rendons donc, nous disant que nous avons mal compris. En fait il existe en Pologne des Pole Biwakowe, des terrains pour bivouaquer aménagés, avec des tables, parfois des toilettes chimiques, où il est possible de passer la nuit. Le lendemain nous dormons dans un vrai camping, et plusieurs polonais font la fête. Cela se retrouvera dans tous les campings que nous avons faits en Pologne, et marqué un contraste avec les campings français par exemple, qui étaient calmes à la nuit tombée.

Un des quelques Pole biwakowe où nous avons pu planter notre tente.

Nous avions quelques préjugés sur la Pologne, et avions en entrant plus peur pour nos vélos qu’en Allemagne par exemple. Tout s’est bien passé. Cependant à Poznan, alors que nous venions de poser nos vélos sur une place et les avions bien attachés, un local vient nous voir et nous indique que c’est une mauvaise idée ici. Nous nous garons ailleurs, devant un centre commercial avec un agent de sécurité qu’on voit patrouiller. Nous nous disons alors qu’il ne faut tout de même pas baisser la garde: là où nous nous étions initialement arrêtés, il y avait beaucoup de places de vélos, mais absolument aucun vélo garé, alors que l’endroit est idéal pour se rendre dans le centre-ville. Devant le centre commercial, il y avait d’autres vélos garés. Cela aura été une leçon pour le futur: voir où les locaux ont tendance à laisser les vélos. Malheureusement ces mouvements nous ont fait perdre près de 20 minutes, et nous avons loupé le spectacle des chèvres entrechoquant leurs cornes à 12h, une attraction de Poznan, se déroulant une fois par jour.

Poznan a été pour nous un premier coup de cœur en Pologne: en effet son centre ville historique est magnifique et il y avait une manifestation avec de nombreux stands culinaires. C’est une des première fois du voyage, avec Berlin, que nous avons vraiment fait nos touristes en achetant à manger à pas moins de 4 stands différents. Cela nous a fait du bien de nous poser même pour 1h.

Ensuite nous sommes repartis en passant le long du Parc Malta de Poznan avec un canal de plus de 2 km de long permettant des courses d’aviron et de kayak. C’est une installation qu’on croirait olympique ! Il y avait également un parc accrobranche, un parc aqua-récréatif et une forêt en fin de l’étendue d’eau. C’est vraiment un lieu de vie et de sport que nous avons apprécié et qui donne envie d’habiter dans une ville avec ce type d’infrastructures.

Les paysages sont par contre assez monotones jusqu’à Varsovie. On ne note pas qu’on avance, car on navigue de route de campagne en route de campagne, donc assez souvent nous changeons de direction. Point positif le trafic est léger ! On en vient à être content de voir des éoliennes, qui brisent la monotonie. Parmi les détails que nous avons noté sur notre route:

– les tombes sont très fleuries… Nous nous demandons si ceci est dû à un attachement plus grand des polonais à leurs proches, ou bien si c’est le signe d’une mobilité géographique moins développée.

– de nombreuses vierges ou croix sont emplies de ruban, dans les villages. C’est joli, et dans le vent cela rappelle les drapeaux népalais

Une des très nombreuses vierges

– de temps en temps nous voyons des statues de personnages en bois, très jolies

Bonjour Aragorn, nous te saluons

– des maisons récentes et bien finies côtoient des maisons plus anciennes, souvent sans habillage extérieure (finition béton brute, ou brique apparente au choix).

– la Pologne est clairement en pleine croissance, et cela se voit avec de nombreuses constructions, des jolies maisons en périphérie des villes et des routes refaites, des aires de jeux dans chaque village,…

Malheureusement la Pologne a été tellement anéantie lors de la seconde guerre mondiale que nous ne voyons pas de bâtiments d’avant-guerre. Une des difficultés sur notre route est que parfois au panneau de sortie de ville, l’asphalte laisse place à une piste.

Les routes de sable en sortie de ville… Ici on fait demi tour pas moyen d’avancer !

Souvent cela reste praticable, mais il faut rester très concentré car par endroits c’est piégeux, et un instant de déconcentration ne pardonne pas. Ces pistes nous usent, surtout que souvent une route les évite (donc on a l’impression de se fatiguer pour rien), mais même en passant du temps sur le gpx, on se fait avoir…

Malgré nos errements, nous sommes arrivés à temps pour les couchers de soleil

Les polonais n’ont pas l’air d’être très concernés par le paiement des campings. Une fois la personne a insisté en nous disant que nous étions des étudiants, une autre fois, dans un club de voile, impossible de payer (soit les gens ne nous écoutent pas, soit ils ne sont pas là). Du coup nous partons sans payer… Mais le karma est terrible. On s’est rendu compte qu’une des batteries a mal été branchée… Du coup on avait 40% de batterie pour faire 100 kms… Heureusement le terrain était plat et le vent faible mais le ciel était très nuageux. Pour la première fois depuis le départ, PJ a roulé environ 10 kms moteur éteint, pour économiser la batterie.

Enfin nous arrivons à Varsovie 😃 !

Varsovie est une étape importante du voyage. Pour la première fois nous allons cesser de nous diriger vers l’est, et prendrons direction sud. Arriver dans une grande ville en voyage à vélo est toujours un moment particulier. Sur notre première partie de voyage, ce sont des jalons marquant notre avancée. Les atteindre, c’est donc concrétiser plusieurs jours à vélo. Et une grande ville se laisse rarement approcher facilement. Tout d’abord, ce sont les grandes infrastructures que nous devinons: les avions à basse altitude laissent deviner un aéroport proche, le bruit des voitures sur des voies rapides s’intensifie, puis nous devons faire des détours pour nous véhiculer au travers de l’urbanisme. En effet en vélo de randonnée, nous ne sommes pas aussi agiles que des piétons et les escaliers nous bloquent, mais nous sommes plus fragiles que des voitures et ne pouvons pas prendre de viaducs. Nous voyons ainsi quelles sont les villes les plus agréables à atteindre. Et à ce titre, Varsovie est exceptionnelle, en tout cas par le sentier suivi le long de la Vistule. 25 kms avant Varsovie nous avons emprunté ce sentier sur la digue, qui nous a mené tout droit sur la rive Nord via un pont spécialement cycliste et piéton. Puis pour aller rive Sud, où se trouve la vieille ville, les ponts même autoroutiers ont des voies cyclistes. C’est donc très aisément que nous sommes arrivés ! Nous n’avons par contre pas eus de vue sur la Vistule. C’est un fleuve qui semble soumis à des crues importantes, car entouré de digues de part et d’autre, situées bien loin du cours du lit. Au moins la nature est tranquille !

La visite de Varsovie nous a fait découvrir le destin fascinant, et tragique, des polonais. D’abord grande nation au Moyen-âge, disparu suite à des querelles fratricides et la guerre avec la Suède, la Prusse et la Russie, réapparu après la 1ere GM, conquise par les nazis et soviétiques lors du début de la 2eme GM, puis se battant seuls contre les nazis en 44, avec une aide relative des alliés (qui ont prévu la partition de la Pologne sans vraiment en informer le gouvernement polonais, en exil à Londres) et globalement inexistante des soviétiques (qui se feront ensuite un plaisir de tuer tous les officiers résistants aussitôt après la 2eme GM, car les polonais se battaient pour leur indépendance et ça ce n’est pas compatible avec la mère patrie russe…)… Le pays n’a retrouvé son indépendance qu’en 1989, à la chute de l’URSS. Ainsi tous les monuments commémoratifs des atrocités subis lors de la 2eme GM datent d’après 1989! La ville ayant été rasée quasi intégralement par les nazis en fin 44, celle-ci présente 3 types de batiments: la vieille ville reconstruite à l’identique, des bâtiments bien communistes, puis des bâtiments ultra modernes avec une véritable skyline.

Les terrains plats se succèdent après Varsovie, jusqu’à Kielce, où les paysages changent radicalement, et sont désormais ceux de collines verdoyantes avec diverses agricultures. Avoir vécu plusieurs centaines de kms, soit plusieurs jours de paysages monotones nous permet de vivement apprécier ces changements. Notre esprit également mue, notamment PJ, qui se sentait un peu abruti, se retrouve à nouveau motivé.

De la forêt, enfin !

La diversité des paysages nous redonne le goût à prendre notre temps et s’arrêter pour profiter, et non juste à avancer pour se déplacer. Mine de rien, nous sentons que nous progressons. Un jour nous avons eu l’impression de ne pas avancer, d’aller lentement car nous étions fatigués, mais également car nous avons fait des pauses, quelques erreurs de parcours, il y avait de la dénivelée… Bref, c’était une journée tranquille niveau vélo… De 75 kms. En France cela représentait une bonne journée ! Enfin nous arrivons à Cracovie, qui est l’ancienne capitale de la Pologne. La ville est magnifique, son centre-ville historique est immense, un des plus grands d’Europe!

L’atmosphère y est différente de Varsovie; et nous nous amusons de voir que, mis à part Jean-Paul II qui fait consensus, ce ne sont pas les mêmes personnages qui sont mis en avant. Bizarrement le roi qui a fait de Varsovie la capitale, et brûlé le palais royal de Cracovie, n’est pas vraiment en odeur de sainteté (alors que sa statue trône fièrement au centre du centre-ville de Varsovie)

Salut toi, je suis Jean-Paul II, et je vais te faire aimer la religion ☺️ (blague à part, il a eu un rôle important auprès des polonais pendant la période soviétique)

En partant de Cracovie, nous avons visité la mine de sel de Wieliczka où des mariages peuvent avoir lieu dans la grande chapelle.

Pour notre dernier soir en Pologne, nous ne trouvons pas de camping.. On se dit qu’on va demander aux locaux On s’arrête et demande à un passant. Il nous dit d’aller dans une ville à 7km pour un camping. Il est tard, cela fait loin, on préférerait trouver sur place quelqu’un qui accepte de nous prêter son jardin! Nous sommes embêtés et demandons à une autre habitante qui a un grand jardin. La dame appelle sa fille qui parle anglais. Elle nous dit aussi l’autre ville, puis a un doute, et on se dit qu’elle va nous proposer. Là l’autre homme arrive, et les 3 se mettent à parler en polonais. Ils nous demandent si on veut un hôtel (non) puis nous disent qu’il y en a un à 30 zlotis. Donc OK pour nous. Ils appellent, raccrochent sans rien nous dire, donc on devine que c’est complet. Puis l’homme nous demande si on a besoin d’une salle de bain. On répond non, car on sent que c’est un point bloquant pour lui. Du coup il nous invite dans son jardin. On demande quand même à avoir accès à des WC et de l’électricité. Il nous dit OK et nous invite pour un thé. On accepte, en sentant que tout a changé! Au début nous sommes toujours un peu méfiants, et les gens sûrement pareillement; donc il faut passer ce cap! Le lendemain matin, nous avons également droit à une excellente part de pavlova, car il s’avère que c’est l’anniversaire de Marek et nous repartons avec une excellente confiture de fraise 😋 faite par Asia, sa femme. C’était très clairement l’au-revoir parfait à la Pologne!! Donc merci à Asia et Marek!

Un trait de caractère que nous avons remarqué chez les polonais c’est qu’ils ne disent pas bonjour dans la rue ou dans les supermarchés et ne sont pas non plus très souriants mais une fois les barrières tombées, ils laissent dévoiler une facette très chaleureuse…

Un grand merci à tous nos hôtes qui nous ont accueills très haleureusement : Thomasz, Nelson et son coloc, Damian et sa famille et bien sûr Marek et Asia.

Et nous partons en Slovaquie, sans savoir toutes les surprises que cette journée va nous réserver!

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