Traversée Ouest-Est de l’Allemagne

L’Allemagne était pour nous le premier gros morceau de notre voyage. Certes la traversée de la France aura duré 10 jours, mais nous les avons considéré comme une mise en route nécessaire. L’Allemagne représentait avec notre tracé prévu un peu plus de 1000 kms, soit 2 semaines prévues. C’est donc une durée suffisamment longue pour prendre ses habitudes dans le pays, tant dans notre relation avec les gens, que dans les petites choses du quotidien (bien repérer les entrées de pistes cyclables, quels produits nous aimons manger,…).

Oui, on trouve de bonnes gaufres et d’excellentes pâtes à tartiner en Allemagne !

Cela reste tout de même un pays dont le fonctionnement est très proche de la France, et c’est un pays dont nous parlons plus ou moins la langue, donc nous y sommes entrés avec plaisir !

Et on lève tous les mains…

Arrivant depuis les Pays-Bas, les paysages sont restés plutôt homogènes jusqu’à Munster. C’est une ville qui se traverse tellement facilement à vélo qu’à aucun moment on ne devine sa taille.

Le lendemain, nous avions une longue journée pour rejoindre Detmold, et en fin de journée nous avons vu apparaître les premières collines depuis Calais. C’était également la première journée au-delà de 30° depuis le début du voyage, et nous étions relativement las. À 15 kms de notre but, nous faisons une pause, et un père et son fils nous abordent. Cette personne a été la première à nous proposer spontanément de venir dormir chez lui, alors que nous n’avions même pas évoqué le sujet, étant attendu plus loin. Pour cette raison nous avons refusé, mais vu notre fatigue à ce moment, la décision a presque été prise à contre-cœur, tenaillé par notre respect pour la parole précédemment donnée.

Nos pieds méritent le meilleur !

A Detmold, nous avons fait une pause pour visiter un musée sur la vie quotidienne des allemands du 14è au 18è siècle.

Ensuite, nous entrons dans les montagnes Harz. Le paysage change radicalement et nous rappelle la Suisse. C’est étonnant car ces montagnes ont une altitude à peine supérieure à 500m, mais les infrastructures laissent deviner un enneigement réel : téléphérique, piste de saut à ski, de bobsleigh,… Également c’est une zone où les anciennes maisons de bois, peintes, sont magnifiques. Les ville d’Einbeck ou d’Hoxter, par exemple méritent le détour !

C’est dans une vallée que nous avons fait notre rencontre animale la plus marquante d’Allemagne. Nous roulons le long d’un champ, et sommes intrigués par une forme noire voûtée et grande. Elle bouge légèrement, alors qu’il n’y a pas de vent. En s’approchant, ce que nous prenions pour un épouvantail laisse découvrir un long bec orange, avant de s’envoler. Nous comprenons alors parfaitement que cette région était parfaite pour que les frères Grimm y puisent leur inspiration. Nous imaginions parfaitement la sorcière voûtée comploter à quelconque méfait, et une fois surprise par les habitants qui l’encerclent, déployer ses ailes et en un battement s’envoler pour répandre sa malice dans une autre vallée. Inutile de dire que l’oiseau ne s’est pas laissé prendre en photo, pour notre grande déception. C’est probablement l’oiseau le plus grand que nous n’ayons jamais vu en liberté, semblant faire plus d’1.50m de hauteur, et incroyablement trapu.

Si on enlève le vélo, on devine assez bien l’oiseau vu… La balai était enfoncé dans les narines par contre !

Ce même jour, l’orage gronde et nous ne voulons pas dormir en tente par ce temps, jugeant cela risqué. Nous arrêtant dans un petit village nous demandons si nous pouvons planter notre tente sous un carrousel situé dans un jardin d’enfants. Le couple hésite, puis d’un coup leurs visages s’illuminent et nous indiquent que des huttes pour pèlerins existent à proximité de l’église. Ces huttes se révèlent être parfaitement récentes et incroyablement charmantes. Nous remercions intérieurement ces femmes et hommes d’église qui ont choisi d’installer de tels logements, prêts à accueillir tout inconnu et à lui simplifier l’existence, ne serait-ce que pour une nuit. Nous trouvons cela magnifique.

Mais c’est cosy tout plein ça… On a bien vu le passage des 7 nains, mais on cherche encore Blanche-Neige !

L’Allemagne est très agréable au niveau de la navigation, mais nous avons connu quelques difficultés justement au niveau des montagnes Harz.

Les montagnes Harz

Auparavant, les tracés de l’Eurovélo 2, que nous avons sur GPS, et de la route R1, dont nous suivons les panneaux, étaient les mêmes. Mais après Hoxter, nous sentons des tensions et les parcours se quittent, se retrouvent pour mieux s’éloigner… Et nous, jeunes enfants de la route, nous ne sommes toujours pas émancipés et ne savons pas qui choisir. Nous hésitons, nous tergiversons, nous passons de l’un à l’autre et surtout nous nous perdons.

Nous avons ainsi fait du hors piste, des demis-tour, avons traversé un champ à vélo.

Note pour plus tard: privilégier la traversée des champs à dos de cigogne, plus rapide et gracieuse

Le lendemain, nous avons tranché et choisi la figure maternelle rassurante du GPX, toujours là à la moindre inquiétude. 

Dans cette zone, le tracé est ardu: la route est en contrebas, mais nous passons dans des forêts avec des passages droit dans la pente. Jusqu’au passage de trop pour nous, avec des pavés trop disjoints pour continuer. Nous décidons de rejoindre la route en se disant que nous trouverons une piste cyclable le long. Au bout de 2 km, juste avant de la rejoindre, Pierre-Jean pile pour éviter un cycliste, qui venait sur une route indiquée comme voie de chemin de fer sur le GPS, et même sur les panneaux de signalisation. Il s’avère que c’est une piste cyclable toute neuve, et le cycliste nous indique dans un sourire la destination. C’est là où nous devons aller !! Il doit y avoir un petit ange qui veille sur nous, car pile quand on en a marre, on trouve la piste cyclable qu’il faut, mais également une personne qui la connaît sinon nous n’aurions probablement pas osé la prendre, sans référence cartographique. Elle est donc plane, lisse… Bref le bonheur. Sur la droite on voit la forêt qui monte et descend, en se disant qu’on aurait pu être là bas.

C’était encore plus pentu en vrai…

Après Wernigerode, nous rentrons en ancienne Allemagne de l’est et nous le remarquons. En particulier dans les petites villes à la campagne, de nombreux grands bâtiments en béton sont délabrés voire en début de ruine, signe d’un passé industriel plus important pour ces petites villes. Certaines routes se dégradent, notamment les rues pavées de quelques bourgs qui sont assez fracassés. Également à Bad Harzburg, pourtant ville touristique, un bâtiment abandonné jouxte le château médiéval. Par contre les villes de taille moyenne n’ont que peu de différences (sauf certaines rues vraiment mal pavées).

Ah ces châtelain du XIXème siècle qui se copient tous les uns les autres…

Sortant des montagnes Harz, nous découvrons à Ferropolis un lac, qui avec ses énormes extractives de charbon, nous faisant penser à la Sibérie (sans réelle raison d’ailleurs) et juste après nous traversons une forêt de pin qui nous rappelle le Sud de la France, d’autant qu’il faisait chaud. Nous nous attendions à perdre la notion du temps, mais pas également celle du pays où nous sommes.

Ferropolis accueille dans la fraternité et la convivialité humains et Transformers ! À noter pour nos amis métalliques, l’eau ça rouille, donc pensez à bien vous sécher les écrous en sortant !

C’est dans cet état d’esprit que nous arrivons à Berlin. Berlin est une ville géante, qui telle un canevas immense est à destination des berlinois pour se l’approprier et la faire évoluer, ce qu’ils font d’ailleurs pour empêcher la réalisation de certains projets qui viendraient dénaturer des lieux de vies appréciés, comme le long de la Spree. C’est une ville qui cherche à garder la mémoire d’un passé traumatique, tout en se tournant résolument vers le futur. Rarement une capitale n’aura autant donné cette impression d’une ville qui se vit, et non d’une ville qui se visite. Prendre le pouls de Berlin est compliqué en peu de jours, car c’est une ville multiple, aux nombreux lacs, aux vestiges de la partition Est/Ouest, mais également aux zones hipsters chics et récentes qui côtoient de larges squats. C’est une ville propre, mais aux nombreux tags répartis jusque sur les façades des rares bâtiments ayant survécu à la guerre, où bien sur les façades des entrées de station de métro.  Loin de l’image disciplinée et quasi industrielle qu’on peut avoir des allemands en France, nous les avons trouvé pour la plupart ouverts, chaleureux et incroyablement vivants. C’est donc une ville qui ne laisse pas indifférent. Nous nous sommes presque forcés à partir au bout de 3 jours, car nous sentions que nous aurions pu y rester bien plus longtemps.

D’ailleurs à Berlin nous avons vécu une petite frustration liée à notre mode de voyage: le Bundestag était réservé jusqu’au 1er septembre, nous étions le 8 août. Vivre sans planifier se bute souvent dans les grandes villes à l’obligation de réservation longtemps en amont.

Avant de quitter Berlin, nous avons décidé de faire une bonne action en ramassant les déchets sur la Sprée. Green Kayak nous prête un kayak (gratuitement) pendant 1h et nous ramassons les déchets. (vidéo en ligne ici)

Beaucoup de déchets ramassés !

Sortant de Berlin par l’est, nous découvrons de nombreux lacs, avec toujours du monde. Plus étonnant, le soir nous y avons campé et tant assez tard où tôt le lendemain, des allemands sont arrivés, se sont dévêtus et ont fait quelques brasses avant de repartir, tel un rituel bien ancré.

Sandrine: « – Allez on va en Pologne » PJ: « – Non je reste ici ! On est bien ! »

À la fin de l’Allemagne, nous appréhendons un peu la Pologne. En effet depuis notre départ de France, et en particulier depuis la Belgique nous avons de belles pistes cyclables. On nous a mis en garde contre la conduite dans les pays de l’est de l’Europe. Ce sera aussi le premier pays où on ne parle pas la langue. On doit bien s’en sortir en anglais, mais on se doute qu’on devra de temps en temps recourir au langage des signes. 

Ça fait toujours bizarre de quitter un pays. On ressent un peu de nostalgie, on se rappelle ce qu’on y a vécu… Egalement on a acquis une façon de se comporter qui convient dans le pays, tant dans la circulation que dans notre rapport à l’autre. C’est tout bête, mais on sait demander de l’eau pour nos gourdes et se faire accepter, on connaît les produits dans les supermarchés,… Bref on évolue dans un certain confort, qu’il faut accepter de quitter au passage de frontière.

Voici l’Oder. On peut difficilement aller plus à l’est sans entrer en Pologne… Ça sent donc la fin de l’article !

Merci à nos hôtes allemands qui nous accueillis chaleureusement 🙂 : Christin, Thomas, Deborah et sa famille, le papa de Anne et ses voisins, Jens et Solenn.

On est bien dans la forêt de pins !

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